L’éco-anxiété n’est pas pathologique, le déni écologique oui

L’éco-anxiété souvent décrite comme une détresse psychique liée à la conscience des dérèglements écologiques globaux, demeure un concept jeune, à la fois polysémique et en pleine expansion dans les champs de la psychologie clinique, de la sociologie et de la philosophie environnementale. Ce type d’anxiété s’inscrit dans un continuum émotionnel complexe, où se mêlent le chagrin, la peur, l’impuissance mais aussi l’amour, la mémoire et la lucidité. Trop souvent banalisée, dépolitisée et réduite à des responsabilités individuelles, l’éco-anxiété devrait plutôt être considérée comme un langage émotionnel sain, une réaction auto-immune contre la violence d’un monde qui s’effondre et dont le déni a des conséquences mortelles. Continuer de lire L’éco-anxiété n’est pas pathologique, le déni écologique oui

Crépuscule hégémonique et sursaut autoritaire : quand les élites résistent à leur déclin

Actuellement, les réseaux de diffusion d’informations, qu’ils soient traditionnels ou numériques, appartiennent majoritairement à des acteur-ices économiques qui défendent leurs propres intérêts de classe. Ces milliardaires, en investissant dans les médias, ne se contentent pas d’exercer une influence purement économique ; ils cherchent à assurer la perpétuation d’un récit historique souvent empreint de visions colonialistes, racistes, misogynes et inégalitaires (vous savez très bien de qui on veut parler). Ce récit, qui s’est longtemps présenté comme le fondement d’un ordre établi, trouve ici un terrain favorable pour se perpétuer, les réseaux de communication jouant un rôle central dans la formation de l’opinion publique et la diffusion de valeurs conservatrices.

Toutefois, même si le discours dominant est soigneusement élaboré et diffusé à grande échelle, ses effets ne semblent pas totalement implacables face aux mutations sociétales. Les travaux récents en sociologie montrent que cette hégémonie rencontre des résistances significatives, notamment à travers la multiplication des voix alternatives et des réseaux de dissidence. Continuer de lire Crépuscule hégémonique et sursaut autoritaire : quand les élites résistent à leur déclin

La réalité est une fiction très mal écrite

Réalité 2025 est une œuvre atone, boursouflée de prétention, oscillant entre farce absurde et tragédie indigeste. On y retrouve tous les motifs éculés du thriller géopolitique à grand spectacle, mais sans la moindre cohérence dramaturgique. Ses antagonistes sont caricaturaux au point de défier toute suspension d’incrédulité, ses rebondissements sont d’un grotesque confondant, rappelant le déjà très mauvais Réalité 1939.

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La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

La fête s’impose aujourd’hui comme un étrange sanctuaire, un moment où les frustrations accumulées au fil des jours s’évaporent dans le tumulte de la musique et de verres qui s’entrechoquent. Au bureau, dans l’usine, à l’école, à la maison, souvent face à un écran, l’individu moderne endure l’inertie d’un monde où tout semble déjà joué. Les politiques, perçues à raison comme déconnectées, méprisantes et cyniques, s’ajoutent à ce sentiment d’impuissance encombré de catastrophes écologiques inéluctables. Chaque semaine, ces tensions se cristallisent, s’accumulent, se transforment en une masse informe d’angoisses contenues et qui se traduisent par différents symptômes : somatisation, manque de sommeil, dépression, dépendances, et autres joies néolibérales. Puis le week-end arrive et avec lui la possibilité d’un au-delà. La fête, dans son essence ambivalente, peut dès lors se faire l’écrin de deux dynamiques contradictoires : d’une part, elle engendre des espaces de catharsis où l’expression des corps et la quête de liberté trouvent un terrain d’épanouissement ; d’autre part, elle se mue en instrument de neutralisation des contestations, étouffant les élans subversifs sous les rouages bien huilés d’événements lucratifs, pour circonscrire tout risque de révolte et faire, de nos lundis, des zones grises de morne résignation. Continuer de lire La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

« On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Les structures d’oppression et les logiques de domination s’exercent avec une intensité variable selon les rapports de classe, de genre ou les catégorisations raciales qui façonnent nos trajectoires sociales. Pourtant, les dynamiques d’émancipation, qu’elles soient individuelles ou collectives, participent à la reconfiguration des rapports de force et influencent le cours de l’histoire. Cet article se veut un modeste outil critique contre le fatalisme et l’indifférence, à l’heure où les formes les plus obscures du pouvoir cherchent à réaffirmer leur emprise sur le monde. Continuer de lire « On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Le rapprochement entre les grandes entreprises technologiques et l’extrême droite, notamment aux États-Unis, illustre une convergence d’intérêts fondée sur une logique de prédation. Initialement associées à une vision libérale démocratique, ces entreprises, incarnées par Meta, Google, Microsoft, Amazon ou encore X, ont basculé vers une alliance stratégique avec des courants autoritaires. Cette mutation repose sur leur modèle économique : capturer des données personnelles pour les transformer en profit, tout en s’appuyant sur une consommation effrénée de ressources matérielles et énergétiques. Continuer de lire Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Pourquoi les médiocres sont-ils obsédés par l’« ordre » ?

L’obsession pour l’ordre est un trait récurrent dans l’histoire, où l’invocation d’un besoin de stabilité et de sécurité justifie souvent des politiques répressives, l’érosion des libertés et la concentration du pouvoir. On ne parle pas ici de bien ranger sa maison, d’être organisé-e dans son agenda, ponctuel-le à ses rendez-vous, rigoureu-se dans son travail ou méticuleu-se dans le ménage, mais bien d’imposer, aux autres et sans leur consentement, un ordre très relatif, par crainte que soit démasquée une pensée médiocre et nombriliste. Continuer de lire Pourquoi les médiocres sont-ils obsédés par l’« ordre » ?

Contre le techno-féodalisme : abolir la propriété numérique ?

Le terme techno-féodalisme fait référence à un concept économique et social qui critique la structure des sociétés modernes, en particulier dans le contexte des grandes entreprises technologiques et de leur pouvoir croissant. Il dépeint une situation où, malgré les apparences de démocratisation offertes par le numérique et la promesse d’un capitalisme plus inclusif, un petit nombre d’acteurs — principalement les géants de la tech — exerce un contrôle disproportionné sur l’économie, la politique et la société, de manière semblable à la structure féodale du Moyen Âge. Continuer de lire Contre le techno-féodalisme : abolir la propriété numérique ?

Von Papen : le centriste qui aida les nazis à prendre le pouvoir

Né en 1879 dans une famille aristocratique catholique prussienne, von Papen a d’abord servi comme officier de cavalerie dans l’armée impériale allemande. Il a ensuite occupé divers postes diplomatiques, notamment en tant qu’attaché militaire aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. Après la guerre, von Papen s’est engagé en politique en rejoignant le Parti du Centre (Zentrum), un parti de centre droit, conservateur et catholique. … Continuer de lire Von Papen : le centriste qui aida les nazis à prendre le pouvoir

Politiser le bonheur

Alors que nous nous efforçons de trouver un épanouissement personnel dans nos vies professionnelles et privées, nous nous rendons compte que cet idéal est de plus en plus difficile à atteindre. Cette difficulté ne réside pas seulement dans les aléas de la vie quotidienne, mais dans l’absence d’un horizon collectif partagé. Le bonheur ne peut être pleinement réalisé de manière individuelle; il doit être pensé et construit collectivement dans le cadre d’une organisation sociale démocratique. Continuer de lire Politiser le bonheur