La Ferme des Sœurs : Paysannerie Queer et Féministe

Ce mois-ci, notre curiosité nous a mené-e-s en Haute-Vienne, au cœur des paysages vallonnés du Limousin, pour une immersion d’une semaine en wwoofing à la Ferme des Sœurs. Là-bas, Auriane nous a fait découvrir les principes subtils de la gemmothérapie, la puissance émancipatrice des jardins-forêts et la richesse de l’agriculture syntropique. On peut qualifier son projet de radical — au sens étymologique du terme, car trop souvent galvaudé dans son usage — où les convictions prennent racine. Il s’ancre dans un territoire rural souvent caricaturé, loin des clichés condescendants ou des fantasmes urbains, mais avec une lucidité politique reliée à l’intime. En tissant des réseaux paysans de solidarité queer et féministes, Auriane façonne, avec d’autres acteur-ices, une micro-société où se réinventent les rythmes, les liens, les manières de faire et d’habiter le monde. Une ferme, une forêt, des bourgeons… et l’esquisse d’un avenir qui résiste à l’assignation des territoires à n’être que des réservoirs de ressources ou des angles morts des politiques publiques au service de la rentabilité. Continuer de lire La Ferme des Sœurs : Paysannerie Queer et Féministe

L’éco-anxiété n’est pas pathologique, le déni écologique oui

L’éco-anxiété souvent décrite comme une détresse psychique liée à la conscience des dérèglements écologiques globaux, demeure un concept jeune, à la fois polysémique et en pleine expansion dans les champs de la psychologie clinique, de la sociologie et de la philosophie environnementale. Ce type d’anxiété s’inscrit dans un continuum émotionnel complexe, où se mêlent le chagrin, la peur, l’impuissance mais aussi l’amour, la mémoire et la lucidité. Trop souvent banalisée, dépolitisée et réduite à des responsabilités individuelles, l’éco-anxiété devrait plutôt être considérée comme un langage émotionnel sain, une réaction auto-immune contre la violence d’un monde qui s’effondre et dont le déni a des conséquences mortelles. Continuer de lire L’éco-anxiété n’est pas pathologique, le déni écologique oui

L’Intelligence artificielle nous rend-elle plus cons ?

Il fut un temps, pas si lointain, où la page blanche, angoisse des étudiant-es, des chercheur-euses ou des écrivain-es, révélait une lutte intérieure — celle du verbe qui se cherche, du sens qui résiste. Aujourd’hui, cet exercice, parfois ingrat, se résume à une question glissée dans une interface, suivie d’une réponse instantanée, bien polie, bien structurée. Mais à force de déléguer à la machine le soin de formuler nos idées, une question s’impose : l’intelligence artificielle ne nous rend-elle pas un peu plus cons ? Cette intuition désagréable, le Massachusetts Institute of Technology l’a récemment soumise à l’épreuve de la science… Continuer de lire L’Intelligence artificielle nous rend-elle plus cons ?

La paresse comme résistance à l’absurdité du monde

La notion de paresse est profondément relative, car elle découle d’une hiérarchie des activités humaines façonnée par les logiques dominantes du capitalisme. Ce que l’on nomme « paresse » n’est bien souvent que l’absence de participation au travail producteur de valeur marchande — cette valeur étant définie de manière étroite et économiciste, comme ce qui génère du profit ou peut être quantifié dans un PIB. Dans cette perspective, soigner un proche sans être rémunéré, contempler un paysage, réfléchir longuement à une idée, ou simplement prendre soin de soi, sont autant d’actes discrédités, car non rentables. Contre la logique absurde du profit, le refus de faire peut alors devenir un geste conscient de désertion.  Continuer de lire La paresse comme résistance à l’absurdité du monde

Crépuscule hégémonique et sursaut autoritaire : quand les élites résistent à leur déclin

Actuellement, les réseaux de diffusion d’informations, qu’ils soient traditionnels ou numériques, appartiennent majoritairement à des acteur-ices économiques qui défendent leurs propres intérêts de classe. Ces milliardaires, en investissant dans les médias, ne se contentent pas d’exercer une influence purement économique ; ils cherchent à assurer la perpétuation d’un récit historique souvent empreint de visions colonialistes, racistes, misogynes et inégalitaires (vous savez très bien de qui on veut parler). Ce récit, qui s’est longtemps présenté comme le fondement d’un ordre établi, trouve ici un terrain favorable pour se perpétuer, les réseaux de communication jouant un rôle central dans la formation de l’opinion publique et la diffusion de valeurs conservatrices.

Toutefois, même si le discours dominant est soigneusement élaboré et diffusé à grande échelle, ses effets ne semblent pas totalement implacables face aux mutations sociétales. Les travaux récents en sociologie montrent que cette hégémonie rencontre des résistances significatives, notamment à travers la multiplication des voix alternatives et des réseaux de dissidence. Continuer de lire Crépuscule hégémonique et sursaut autoritaire : quand les élites résistent à leur déclin

Relations Parasociales : les influenceur-euses ne sont pas vos ami-es

Les relations parasociales désignent un type de lien unilatéral qui se développe entre un individu et une figure publique ou médiatisée. Contrairement à une interaction sociale bidirectionnelle, la relation parasociale n’implique aucun échange véritable : la personne investit émotionnellement dans une figure qui, en retour, ne connaît ni son existence ni sa réalité subjective. Ce phénomène trouve dans les réseaux sociaux contemporains un terreau particulièrement fertile. Continuer de lire Relations Parasociales : les influenceur-euses ne sont pas vos ami-es

Pourquoi tous vos potes veulent courir des marathons ?

Un phénomène étrange s’est imposé au fil des dernières décennies : la multiplication des marathons et des défis sportifs extrêmes. Jadis réservée à une élite d’athlètes, la course de fond est devenue une pratique courante, un rite de passage presque incontournable pour nombre d’individus en quête d’accomplissement personnel. Mais pourquoi un tel engouement ? Que révèle cette soif de dépassement physique sur notre époque ? Continuer de lire Pourquoi tous vos potes veulent courir des marathons ?

La réalité est une fiction très mal écrite

Réalité 2025 est une œuvre atone, boursouflée de prétention, oscillant entre farce absurde et tragédie indigeste. On y retrouve tous les motifs éculés du thriller géopolitique à grand spectacle, mais sans la moindre cohérence dramaturgique. Ses antagonistes sont caricaturaux au point de défier toute suspension d’incrédulité, ses rebondissements sont d’un grotesque confondant, rappelant le déjà très mauvais Réalité 1939.

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La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

La fête s’impose aujourd’hui comme un étrange sanctuaire, un moment où les frustrations accumulées au fil des jours s’évaporent dans le tumulte de la musique et de verres qui s’entrechoquent. Au bureau, dans l’usine, à l’école, à la maison, souvent face à un écran, l’individu moderne endure l’inertie d’un monde où tout semble déjà joué. Les politiques, perçues à raison comme déconnectées, méprisantes et cyniques, s’ajoutent à ce sentiment d’impuissance encombré de catastrophes écologiques inéluctables. Chaque semaine, ces tensions se cristallisent, s’accumulent, se transforment en une masse informe d’angoisses contenues et qui se traduisent par différents symptômes : somatisation, manque de sommeil, dépression, dépendances, et autres joies néolibérales. Puis le week-end arrive et avec lui la possibilité d’un au-delà. La fête, dans son essence ambivalente, peut dès lors se faire l’écrin de deux dynamiques contradictoires : d’une part, elle engendre des espaces de catharsis où l’expression des corps et la quête de liberté trouvent un terrain d’épanouissement ; d’autre part, elle se mue en instrument de neutralisation des contestations, étouffant les élans subversifs sous les rouages bien huilés d’événements lucratifs, pour circonscrire tout risque de révolte et faire, de nos lundis, des zones grises de morne résignation. Continuer de lire La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

« On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Les structures d’oppression et les logiques de domination s’exercent avec une intensité variable selon les rapports de classe, de genre ou les catégorisations raciales qui façonnent nos trajectoires sociales. Pourtant, les dynamiques d’émancipation, qu’elles soient individuelles ou collectives, participent à la reconfiguration des rapports de force et influencent le cours de l’histoire. Cet article se veut un modeste outil critique contre le fatalisme et l’indifférence, à l’heure où les formes les plus obscures du pouvoir cherchent à réaffirmer leur emprise sur le monde. Continuer de lire « On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Le rapprochement entre les grandes entreprises technologiques et l’extrême droite, notamment aux États-Unis, illustre une convergence d’intérêts fondée sur une logique de prédation. Initialement associées à une vision libérale démocratique, ces entreprises, incarnées par Meta, Google, Microsoft, Amazon ou encore X, ont basculé vers une alliance stratégique avec des courants autoritaires. Cette mutation repose sur leur modèle économique : capturer des données personnelles pour les transformer en profit, tout en s’appuyant sur une consommation effrénée de ressources matérielles et énergétiques. Continuer de lire Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Erotiser le consentement

Dans ses travaux, notamment dans On ne naît pas soumise, on le devient, la philosophe Manon Garcia explore les dynamiques de pouvoir dans les relations, en insistant sur le rôle central du consentement dans une sexualité éthique et épanouie. Cependant, elle remarque que le consentement est souvent perçu comme un frein ou une contrainte, quelque chose qui viendrait tempérer l’élan du désir. Cette perception découle d’une vision patriarcale et culturelle de la sexualité, où le plaisir et l’initiative des hommes sont confortés au détriment du consentement féminin, réduit à une formalité, voire, dans le pire des cas, à un obstacle… Continuer de lire Erotiser le consentement

Ne pas aimer noël

Sous son apparente période de réjouissances collectives, Noël incarne le paroxysme d’un rituel capitaliste où la convivialité se trouve ensevelie sous une masse critique de gadgets inutiles et d’incohérences morales. Les inégalités, plus marquées que jamais, l’obsession de la croissance dans un monde aux ressources finies, l’injonction à la normalité au sein de l’instance familiale, participent à cette sensation généralisée de malaise. Si nombreu-ses y croient encore, l’illusion opère de moins en moins et invite à repenser les manifestations de joie partagée comme des moments de réciprocité, de consentement et de sobriété où le simple plaisir de se retrouver se suffit à lui-même. Continuer de lire Ne pas aimer noël

Messageries instantanées et relations fantômes

Plus nos moyens de communication se perfectionnent, plus nos affects, ces vibrations intimes inscrites dans l’instant, qui donnent chair et sens à nos relations, semblent se destiner à des représentations fantomatiques. Cette dilution du lien n’est pourtant pas une problématique contemporaine. Franz Kafka, écrivain visionnaire et chroniqueur des angoisses modernes, avait déjà exploré ce paradoxe à travers ses correspondances épistolaires, notamment avec Felice Bauer et Milena Jesenská. Continuer de lire Messageries instantanées et relations fantômes

Faut-il prendre l’astrologie au sérieux ?

La méthodologie scientifique repose sur une quête de compréhension du monde par des méthodes rigoureuses. Son objectif est d’élaborer des théories vérifiables et falsifiables, c’est-à-dire des hypothèses qui peuvent être testées par des expériences et observées dans le monde réel.

En revanche, l’astrologie et l’horoscope se fondent sur des croyances symboliques et mythologiques. Leur objectif principal est souvent de donner du sens aux événements de la vie quotidienne et d’offrir des conseils sur la façon de s’y préparer. Tant que son usage n’a pas pour but d’invisibiliser des enjeux politiques ou d’avoir une emprise sur des personnes précaires ou fragiles psychologiquement, elle ne pose pas de problèmes et peut même se révéler fertile pour nos imaginaires. Continuer de lire Faut-il prendre l’astrologie au sérieux ?

Procrastination et rentabilité : le temps mort c’est de l’argent ?

En neurosciences comme en sciences humaines, de nombreuses études tendent à démontrer que la procrastination est une réaction face à l’absurdité d’injonctions contradictoires ou absurdes. Car, mêmes nos temps morts, au lieu de permettre une véritable déconnexion ou un espace de réflexion, sont aujourd’hui rentabilisés à travers des plateformes et des réseaux sociaux, monétisant chacune de nos interactions. Continuer de lire Procrastination et rentabilité : le temps mort c’est de l’argent ?

Pourquoi les médiocres sont-ils obsédés par l’« ordre » ?

L’obsession pour l’ordre est un trait récurrent dans l’histoire, où l’invocation d’un besoin de stabilité et de sécurité justifie souvent des politiques répressives, l’érosion des libertés et la concentration du pouvoir. On ne parle pas ici de bien ranger sa maison, d’être organisé-e dans son agenda, ponctuel-le à ses rendez-vous, rigoureu-se dans son travail ou méticuleu-se dans le ménage, mais bien d’imposer, aux autres et sans leur consentement, un ordre très relatif, par crainte que soit démasquée une pensée médiocre et nombriliste. Continuer de lire Pourquoi les médiocres sont-ils obsédés par l’« ordre » ?

Contre le techno-féodalisme : abolir la propriété numérique ?

Le terme techno-féodalisme fait référence à un concept économique et social qui critique la structure des sociétés modernes, en particulier dans le contexte des grandes entreprises technologiques et de leur pouvoir croissant. Il dépeint une situation où, malgré les apparences de démocratisation offertes par le numérique et la promesse d’un capitalisme plus inclusif, un petit nombre d’acteurs — principalement les géants de la tech — exerce un contrôle disproportionné sur l’économie, la politique et la société, de manière semblable à la structure féodale du Moyen Âge. Continuer de lire Contre le techno-féodalisme : abolir la propriété numérique ?

Von Papen : le centriste qui aida les nazis à prendre le pouvoir

Né en 1879 dans une famille aristocratique catholique prussienne, von Papen a d’abord servi comme officier de cavalerie dans l’armée impériale allemande. Il a ensuite occupé divers postes diplomatiques, notamment en tant qu’attaché militaire aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale. Après la guerre, von Papen s’est engagé en politique en rejoignant le Parti du Centre (Zentrum), un parti de centre droit, conservateur et catholique. … Continuer de lire Von Papen : le centriste qui aida les nazis à prendre le pouvoir