L’interminable règne du macronisme

Le macronisme produit une dévastation sociale et démocratique mesurable : un pays fracturé, des institutions asphyxiées, des inégalités immenses, un peuple condamné à l’incertitude… Dans cette lente et douloureuse agonie, François Bayrou et les autres figures interchangeables du pouvoir font figure d’intrigants délabré-es, usant ad nauseam de la même doctrine comme seul vaccin face à un virus inoculé par leurs propres réformes. Continuer de lire L’interminable règne du macronisme

On ne naît pas misandre, on le devient

Je me pensais féministe. Je pensais que parler fort, boire « comme un homme », baiser, me battre. Bref, être une dure à cuire… je pensais que c’était ça, être féministe. Mais j’ai compris qu’avoir une grande gueule et faire du bruit c’était aussi parler plus fort que les autres femmes. Et qu’en pensant m’affranchir d’une certaine “féminité”, j’allais en réalité exactement là où les hommes attendaient que je sois… Continuer de lire On ne naît pas misandre, on le devient

Festival Les Résistantes 2025 : « Il est temps de devenir de véritables allié⸱es »

Si le programme du festival, qui a été construit à 140 mains, a permis une diversité des sujets sur le papier, les réflexes et micro-agressions racistes ont repris le dessus dans l’articulation de certains temps, dans les usages des différents espaces, et dans les interactions entre festivalier⸱ères et intervenant⸱es. Au point où, pendant la plénière de clôture un collectif autoformé de personnes racisé⸱es s’est exprimé spontanément pour dire sa colère et son malaise. Alors qu’est-ce qu’on peut faire, en tant que personne blanche, pour devenir de véritables alliées ? Continuer de lire Festival Les Résistantes 2025 : « Il est temps de devenir de véritables allié⸱es »

Festival de la décroissance 2025

Pour la troisième année consécutive, le Festival de la Décroissance a réuni, du 25 au 27 juillet 2025, de nombreuses personnes venues de toute la France – et parfois de plus loin – dans un esprit de dialogue, de confrontation fertile des idées, et de construction collective. Présent-e-s lors des deux précédentes éditions, nous avons mesuré combien cet événement, situé à l’intersection des savoirs scientifiques, des pratiques citoyennes et de l’engagement politique, constitue une véritable respiration intellectuelle – une oasis de lucidité et de débat constructif au cœur d’un paysage médiatique trop souvent saturé de déni, de relativisme complaisant, de résignation et de cynisme politique. Continuer de lire Festival de la décroissance 2025

Eddington : sans réalité commune, faire société est impossible

Sous le prisme d’un affrontement municipal entre le shérif Joe Cross et le maire Ted Garcia, le dernier film de Ari Aster expose une communauté dont la vérité se dissout dans une myriade de récits mis en concurrence sur le marché de l’attention : rumeurs, revanches personnelles, théories du complot exacerbées par le COVID, protestations Black Lives Matter teintées d’appropriation culturelle, culture de l’inceste et patriarcat, dérives sectaires… Le datacenter Solidgoldmagikarp devient alors le symbole de ce brouillage cognitif et probablement le seul vainqueur d’une réalité noyée par la mise en scène individuelle et auto-centrée de chaque protagoniste. Comment survivre dans ce western où le world wide web ensauvagé rend toute forme de dialogue impossible ? Continuer de lire Eddington : sans réalité commune, faire société est impossible

La Ferme des Sœurs : Paysannerie Queer et Féministe

Ce mois-ci, notre curiosité nous a mené-e-s en Haute-Vienne, au cœur des paysages vallonnés du Limousin, pour une immersion d’une semaine en wwoofing à la Ferme des Sœurs. Là-bas, Auriane nous a fait découvrir les principes subtils de la gemmothérapie, la puissance émancipatrice des jardins-forêts et la richesse de l’agriculture syntropique. On peut qualifier son projet de radical — au sens étymologique du terme, car trop souvent galvaudé dans son usage — où les convictions prennent racine. Il s’ancre dans un territoire rural souvent caricaturé, loin des clichés condescendants ou des fantasmes urbains, mais avec une lucidité politique reliée à l’intime. En tissant des réseaux paysans de solidarité queer et féministes, Auriane façonne, avec d’autres acteur-ices, une micro-société où se réinventent les rythmes, les liens, les manières de faire et d’habiter le monde. Une ferme, une forêt, des bourgeons… et l’esquisse d’un avenir qui résiste à l’assignation des territoires à n’être que des réservoirs de ressources ou des angles morts des politiques publiques au service de la rentabilité. Continuer de lire La Ferme des Sœurs : Paysannerie Queer et Féministe

L’éco-anxiété n’est pas pathologique, le déni écologique oui

L’éco-anxiété souvent décrite comme une détresse psychique liée à la conscience des dérèglements écologiques globaux, demeure un concept jeune, à la fois polysémique et en pleine expansion dans les champs de la psychologie clinique, de la sociologie et de la philosophie environnementale. Ce type d’anxiété s’inscrit dans un continuum émotionnel complexe, où se mêlent le chagrin, la peur, l’impuissance mais aussi l’amour, la mémoire et la lucidité. Trop souvent banalisée, dépolitisée et réduite à des responsabilités individuelles, l’éco-anxiété devrait plutôt être considérée comme un langage émotionnel sain, une réaction auto-immune contre la violence d’un monde qui s’effondre et dont le déni a des conséquences mortelles. Continuer de lire L’éco-anxiété n’est pas pathologique, le déni écologique oui

L’Intelligence artificielle nous rend-elle plus cons ?

Il fut un temps, pas si lointain, où la page blanche, angoisse des étudiant-es, des chercheur-euses ou des écrivain-es, révélait une lutte intérieure — celle du verbe qui se cherche, du sens qui résiste. Aujourd’hui, cet exercice, parfois ingrat, se résume à une question glissée dans une interface, suivie d’une réponse instantanée, bien polie, bien structurée. Mais à force de déléguer à la machine le soin de formuler nos idées, une question s’impose : l’intelligence artificielle ne nous rend-elle pas un peu plus cons ? Cette intuition désagréable, le Massachusetts Institute of Technology l’a récemment soumise à l’épreuve de la science… Continuer de lire L’Intelligence artificielle nous rend-elle plus cons ?

La paresse comme résistance à l’absurdité du monde

La notion de paresse est profondément relative, car elle découle d’une hiérarchie des activités humaines façonnée par les logiques dominantes du capitalisme. Ce que l’on nomme « paresse » n’est bien souvent que l’absence de participation au travail producteur de valeur marchande — cette valeur étant définie de manière étroite et économiciste, comme ce qui génère du profit ou peut être quantifié dans un PIB. Dans cette perspective, soigner un proche sans être rémunéré, contempler un paysage, réfléchir longuement à une idée, ou simplement prendre soin de soi, sont autant d’actes discrédités, car non rentables. Contre la logique absurde du profit, le refus de faire peut alors devenir un geste conscient de désertion.  Continuer de lire La paresse comme résistance à l’absurdité du monde

Crépuscule hégémonique et sursaut autoritaire : quand les élites résistent à leur déclin

Actuellement, les réseaux de diffusion d’informations, qu’ils soient traditionnels ou numériques, appartiennent majoritairement à des acteur-ices économiques qui défendent leurs propres intérêts de classe. Ces milliardaires, en investissant dans les médias, ne se contentent pas d’exercer une influence purement économique ; ils cherchent à assurer la perpétuation d’un récit historique souvent empreint de visions colonialistes, racistes, misogynes et inégalitaires (vous savez très bien de qui on veut parler). Ce récit, qui s’est longtemps présenté comme le fondement d’un ordre établi, trouve ici un terrain favorable pour se perpétuer, les réseaux de communication jouant un rôle central dans la formation de l’opinion publique et la diffusion de valeurs conservatrices.

Toutefois, même si le discours dominant est soigneusement élaboré et diffusé à grande échelle, ses effets ne semblent pas totalement implacables face aux mutations sociétales. Les travaux récents en sociologie montrent que cette hégémonie rencontre des résistances significatives, notamment à travers la multiplication des voix alternatives et des réseaux de dissidence. Continuer de lire Crépuscule hégémonique et sursaut autoritaire : quand les élites résistent à leur déclin

Relations Parasociales : les influenceur-euses ne sont pas vos ami-es

Les relations parasociales désignent un type de lien unilatéral qui se développe entre un individu et une figure publique ou médiatisée. Contrairement à une interaction sociale bidirectionnelle, la relation parasociale n’implique aucun échange véritable : la personne investit émotionnellement dans une figure qui, en retour, ne connaît ni son existence ni sa réalité subjective. Ce phénomène trouve dans les réseaux sociaux contemporains un terreau particulièrement fertile. Continuer de lire Relations Parasociales : les influenceur-euses ne sont pas vos ami-es

Pourquoi tous vos potes veulent courir des marathons ?

Un phénomène étrange s’est imposé au fil des dernières décennies : la multiplication des marathons et des défis sportifs extrêmes. Jadis réservée à une élite d’athlètes, la course de fond est devenue une pratique courante, un rite de passage presque incontournable pour nombre d’individus en quête d’accomplissement personnel. Mais pourquoi un tel engouement ? Que révèle cette soif de dépassement physique sur notre époque ? Continuer de lire Pourquoi tous vos potes veulent courir des marathons ?

La réalité est une fiction très mal écrite

Réalité 2025 est une œuvre atone, boursouflée de prétention, oscillant entre farce absurde et tragédie indigeste. On y retrouve tous les motifs éculés du thriller géopolitique à grand spectacle, mais sans la moindre cohérence dramaturgique. Ses antagonistes sont caricaturaux au point de défier toute suspension d’incrédulité, ses rebondissements sont d’un grotesque confondant, rappelant le déjà très mauvais Réalité 1939.

Note de la rédaction : 0/5 Continuer de lire La réalité est une fiction très mal écrite

La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

La fête s’impose aujourd’hui comme un étrange sanctuaire, un moment où les frustrations accumulées au fil des jours s’évaporent dans le tumulte de la musique et de verres qui s’entrechoquent. Au bureau, dans l’usine, à l’école, à la maison, souvent face à un écran, l’individu moderne endure l’inertie d’un monde où tout semble déjà joué. Les politiques, perçues à raison comme déconnectées, méprisantes et cyniques, s’ajoutent à ce sentiment d’impuissance encombré de catastrophes écologiques inéluctables. Chaque semaine, ces tensions se cristallisent, s’accumulent, se transforment en une masse informe d’angoisses contenues et qui se traduisent par différents symptômes : somatisation, manque de sommeil, dépression, dépendances, et autres joies néolibérales. Puis le week-end arrive et avec lui la possibilité d’un au-delà. La fête, dans son essence ambivalente, peut dès lors se faire l’écrin de deux dynamiques contradictoires : d’une part, elle engendre des espaces de catharsis où l’expression des corps et la quête de liberté trouvent un terrain d’épanouissement ; d’autre part, elle se mue en instrument de neutralisation des contestations, étouffant les élans subversifs sous les rouages bien huilés d’événements lucratifs, pour circonscrire tout risque de révolte et faire, de nos lundis, des zones grises de morne résignation. Continuer de lire La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

« On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Les structures d’oppression et les logiques de domination s’exercent avec une intensité variable selon les rapports de classe, de genre ou les catégorisations raciales qui façonnent nos trajectoires sociales. Pourtant, les dynamiques d’émancipation, qu’elles soient individuelles ou collectives, participent à la reconfiguration des rapports de force et influencent le cours de l’histoire. Cet article se veut un modeste outil critique contre le fatalisme et l’indifférence, à l’heure où les formes les plus obscures du pouvoir cherchent à réaffirmer leur emprise sur le monde. Continuer de lire « On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Le rapprochement entre les grandes entreprises technologiques et l’extrême droite, notamment aux États-Unis, illustre une convergence d’intérêts fondée sur une logique de prédation. Initialement associées à une vision libérale démocratique, ces entreprises, incarnées par Meta, Google, Microsoft, Amazon ou encore X, ont basculé vers une alliance stratégique avec des courants autoritaires. Cette mutation repose sur leur modèle économique : capturer des données personnelles pour les transformer en profit, tout en s’appuyant sur une consommation effrénée de ressources matérielles et énergétiques. Continuer de lire Faut-il quitter les réseaux sociaux ?

Erotiser le consentement

Dans ses travaux, notamment dans On ne naît pas soumise, on le devient, la philosophe Manon Garcia explore les dynamiques de pouvoir dans les relations, en insistant sur le rôle central du consentement dans une sexualité éthique et épanouie. Cependant, elle remarque que le consentement est souvent perçu comme un frein ou une contrainte, quelque chose qui viendrait tempérer l’élan du désir. Cette perception découle d’une vision patriarcale et culturelle de la sexualité, où le plaisir et l’initiative des hommes sont confortés au détriment du consentement féminin, réduit à une formalité, voire, dans le pire des cas, à un obstacle… Continuer de lire Erotiser le consentement

Ne pas aimer noël

Sous son apparente période de réjouissances collectives, Noël incarne le paroxysme d’un rituel capitaliste où la convivialité se trouve ensevelie sous une masse critique de gadgets inutiles et d’incohérences morales. Les inégalités, plus marquées que jamais, l’obsession de la croissance dans un monde aux ressources finies, l’injonction à la normalité au sein de l’instance familiale, participent à cette sensation généralisée de malaise. Si nombreu-ses y croient encore, l’illusion opère de moins en moins et invite à repenser les manifestations de joie partagée comme des moments de réciprocité, de consentement et de sobriété où le simple plaisir de se retrouver se suffit à lui-même. Continuer de lire Ne pas aimer noël

Messageries instantanées et relations fantômes

Plus nos moyens de communication se perfectionnent, plus nos affects, ces vibrations intimes inscrites dans l’instant, qui donnent chair et sens à nos relations, semblent se destiner à des représentations fantomatiques. Cette dilution du lien n’est pourtant pas une problématique contemporaine. Franz Kafka, écrivain visionnaire et chroniqueur des angoisses modernes, avait déjà exploré ce paradoxe à travers ses correspondances épistolaires, notamment avec Felice Bauer et Milena Jesenská. Continuer de lire Messageries instantanées et relations fantômes