Faut-il avoir fait des études pour pratiquer la philosophie ?

La philosophie est une discipline qui étudie les questions que l’être humain peut se poser sur lui-même ainsi que l’examen des réponses qu’il peut y apporter. Elle semble, à première vue, indissociable d’une formation intellectuelle longue et exigeante. Pourtant, son origine et sa vocation démocratique invitent à repenser cette dépendance à l’égard de l’institution académique. Peut-on, dès lors, philosopher quotidiennement sans avoir étudié la philosophie ? Continuer de lire Faut-il avoir fait des études pour pratiquer la philosophie ?

Festival de la décroissance 2025

Pour la troisième année consécutive, le Festival de la Décroissance a réuni, du 25 au 27 juillet 2025, de nombreuses personnes venues de toute la France – et parfois de plus loin – dans un esprit de dialogue, de confrontation fertile des idées, et de construction collective. Présent-e-s lors des deux précédentes éditions, nous avons mesuré combien cet événement, situé à l’intersection des savoirs scientifiques, des pratiques citoyennes et de l’engagement politique, constitue une véritable respiration intellectuelle – une oasis de lucidité et de débat constructif au cœur d’un paysage médiatique trop souvent saturé de déni, de relativisme complaisant, de résignation et de cynisme politique. Continuer de lire Festival de la décroissance 2025

Eddington : sans réalité commune, faire société est impossible

Sous le prisme d’un affrontement municipal entre le shérif Joe Cross et le maire Ted Garcia, le dernier film de Ari Aster expose une communauté dont la vérité se dissout dans une myriade de récits mis en concurrence sur le marché de l’attention : rumeurs, revanches personnelles, théories du complot exacerbées par le COVID, protestations Black Lives Matter teintées d’appropriation culturelle, culture de l’inceste et patriarcat, dérives sectaires… Le datacenter Solidgoldmagikarp devient alors le symbole de ce brouillage cognitif et probablement le seul vainqueur d’une réalité noyée par la mise en scène individuelle et auto-centrée de chaque protagoniste. Comment survivre dans ce western où le world wide web ensauvagé rend toute forme de dialogue impossible ? Continuer de lire Eddington : sans réalité commune, faire société est impossible

L’Intelligence artificielle nous rend-elle plus cons ?

Il fut un temps, pas si lointain, où la page blanche, angoisse des étudiant-es, des chercheur-euses ou des écrivain-es, révélait une lutte intérieure — celle du verbe qui se cherche, du sens qui résiste. Aujourd’hui, cet exercice, parfois ingrat, se résume à une question glissée dans une interface, suivie d’une réponse instantanée, bien polie, bien structurée. Mais à force de déléguer à la machine le soin de formuler nos idées, une question s’impose : l’intelligence artificielle ne nous rend-elle pas un peu plus cons ? Cette intuition désagréable, le Massachusetts Institute of Technology l’a récemment soumise à l’épreuve de la science… Continuer de lire L’Intelligence artificielle nous rend-elle plus cons ?

La paresse comme résistance à l’absurdité du monde

La notion de paresse est profondément relative, car elle découle d’une hiérarchie des activités humaines façonnée par les logiques dominantes du capitalisme. Ce que l’on nomme « paresse » n’est bien souvent que l’absence de participation au travail producteur de valeur marchande — cette valeur étant définie de manière étroite et économiciste, comme ce qui génère du profit ou peut être quantifié dans un PIB. Dans cette perspective, soigner un proche sans être rémunéré, contempler un paysage, réfléchir longuement à une idée, ou simplement prendre soin de soi, sont autant d’actes discrédités, car non rentables. Contre la logique absurde du profit, le refus de faire peut alors devenir un geste conscient de désertion.  Continuer de lire La paresse comme résistance à l’absurdité du monde

Pourquoi tous vos potes veulent courir des marathons ?

Un phénomène étrange s’est imposé au fil des dernières décennies : la multiplication des marathons et des défis sportifs extrêmes. Jadis réservée à une élite d’athlètes, la course de fond est devenue une pratique courante, un rite de passage presque incontournable pour nombre d’individus en quête d’accomplissement personnel. Mais pourquoi un tel engouement ? Que révèle cette soif de dépassement physique sur notre époque ? Continuer de lire Pourquoi tous vos potes veulent courir des marathons ?

La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

La fête s’impose aujourd’hui comme un étrange sanctuaire, un moment où les frustrations accumulées au fil des jours s’évaporent dans le tumulte de la musique et de verres qui s’entrechoquent. Au bureau, dans l’usine, à l’école, à la maison, souvent face à un écran, l’individu moderne endure l’inertie d’un monde où tout semble déjà joué. Les politiques, perçues à raison comme déconnectées, méprisantes et cyniques, s’ajoutent à ce sentiment d’impuissance encombré de catastrophes écologiques inéluctables. Chaque semaine, ces tensions se cristallisent, s’accumulent, se transforment en une masse informe d’angoisses contenues et qui se traduisent par différents symptômes : somatisation, manque de sommeil, dépression, dépendances, et autres joies néolibérales. Puis le week-end arrive et avec lui la possibilité d’un au-delà. La fête, dans son essence ambivalente, peut dès lors se faire l’écrin de deux dynamiques contradictoires : d’une part, elle engendre des espaces de catharsis où l’expression des corps et la quête de liberté trouvent un terrain d’épanouissement ; d’autre part, elle se mue en instrument de neutralisation des contestations, étouffant les élans subversifs sous les rouages bien huilés d’événements lucratifs, pour circonscrire tout risque de révolte et faire, de nos lundis, des zones grises de morne résignation. Continuer de lire La fête : émanciper ou neutraliser les foules ?

« On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Les structures d’oppression et les logiques de domination s’exercent avec une intensité variable selon les rapports de classe, de genre ou les catégorisations raciales qui façonnent nos trajectoires sociales. Pourtant, les dynamiques d’émancipation, qu’elles soient individuelles ou collectives, participent à la reconfiguration des rapports de force et influencent le cours de l’histoire. Cet article se veut un modeste outil critique contre le fatalisme et l’indifférence, à l’heure où les formes les plus obscures du pouvoir cherchent à réaffirmer leur emprise sur le monde. Continuer de lire « On ne peut rien y faire » : comment rompre avec le fatalisme et l’indifférence ?

Erotiser le consentement

Dans ses travaux, notamment dans On ne naît pas soumise, on le devient, la philosophe Manon Garcia explore les dynamiques de pouvoir dans les relations, en insistant sur le rôle central du consentement dans une sexualité éthique et épanouie. Cependant, elle remarque que le consentement est souvent perçu comme un frein ou une contrainte, quelque chose qui viendrait tempérer l’élan du désir. Cette perception découle d’une vision patriarcale et culturelle de la sexualité, où le plaisir et l’initiative des hommes sont confortés au détriment du consentement féminin, réduit à une formalité, voire, dans le pire des cas, à un obstacle… Continuer de lire Erotiser le consentement

Messageries instantanées et relations fantômes

Plus nos moyens de communication se perfectionnent, plus nos affects, ces vibrations intimes inscrites dans l’instant, qui donnent chair et sens à nos relations, semblent se destiner à des représentations fantomatiques. Cette dilution du lien n’est pourtant pas une problématique contemporaine. Franz Kafka, écrivain visionnaire et chroniqueur des angoisses modernes, avait déjà exploré ce paradoxe à travers ses correspondances épistolaires, notamment avec Felice Bauer et Milena Jesenská. Continuer de lire Messageries instantanées et relations fantômes

Faut-il prendre l’astrologie au sérieux ?

La méthodologie scientifique repose sur une quête de compréhension du monde par des méthodes rigoureuses. Son objectif est d’élaborer des théories vérifiables et falsifiables, c’est-à-dire des hypothèses qui peuvent être testées par des expériences et observées dans le monde réel.

En revanche, l’astrologie et l’horoscope se fondent sur des croyances symboliques et mythologiques. Leur objectif principal est souvent de donner du sens aux événements de la vie quotidienne et d’offrir des conseils sur la façon de s’y préparer. Tant que son usage n’a pas pour but d’invisibiliser des enjeux politiques ou d’avoir une emprise sur des personnes précaires ou fragiles psychologiquement, elle ne pose pas de problèmes et peut même se révéler fertile pour nos imaginaires. Continuer de lire Faut-il prendre l’astrologie au sérieux ?

Procrastination et rentabilité : le temps mort c’est de l’argent ?

En neurosciences comme en sciences humaines, de nombreuses études tendent à démontrer que la procrastination est une réaction face à l’absurdité d’injonctions contradictoires ou absurdes. Car, mêmes nos temps morts, au lieu de permettre une véritable déconnexion ou un espace de réflexion, sont aujourd’hui rentabilisés à travers des plateformes et des réseaux sociaux, monétisant chacune de nos interactions. Continuer de lire Procrastination et rentabilité : le temps mort c’est de l’argent ?

Politiser le bonheur

Alors que nous nous efforçons de trouver un épanouissement personnel dans nos vies professionnelles et privées, nous nous rendons compte que cet idéal est de plus en plus difficile à atteindre. Cette difficulté ne réside pas seulement dans les aléas de la vie quotidienne, mais dans l’absence d’un horizon collectif partagé. Le bonheur ne peut être pleinement réalisé de manière individuelle; il doit être pensé et construit collectivement dans le cadre d’une organisation sociale démocratique. Continuer de lire Politiser le bonheur