Erotiser le consentement

Dans ses travaux, notamment dans On ne naît pas soumise, on le devient, la philosophe Manon Garcia explore les dynamiques de pouvoir dans les relations, en insistant sur le rôle central du consentement dans une sexualité éthique et épanouie. Cependant, elle remarque que le consentement est souvent perçu comme un frein ou une contrainte, quelque chose qui viendrait tempérer l’élan du désir. Cette perception découle d’une vision patriarcale et culturelle de la sexualité, où le plaisir et l’initiative des hommes sont confortés au détriment du consentement féminin, réduit à une formalité, voire, dans le pire des cas, à un obstacle

Manon Garcia propose d’envisager le consentement non pas comme une simple permission, mais comme une composante active du désir. Dans cette vision, l’accord explicite ou implicite devient lui-même un élément excitant, une confirmation du désir partagé, une manière de renforcer l’intensité et la qualité de l’échange. Le consentement n’est alors plus perçu comme un frein au plaisir, mais comme un moteur de celui-ci, car il garantit un espace où chaque partenaire se sent désiré, respecté et libre d’explorer.

Cette idée s’inscrit également dans une critique des stéréotypes genrés qui entourent la sexualité en dépassant les clichés selon lesquels la spontanéité ou l’ « animalité » du désir seraient incompatibles avec la réflexion et le dialogue. Elle défend l’idée que l’expression du consentement – qu’elle soit verbale ou non verbale – peut être profondément sensuelle et participe à construire une rencontre où chacun est pleinement investi.

Enfin, cette réflexion a une dimension éthique et politique. En réhabilitant le consentement comme élément central du désir, elle participe à décloisonner la théâtralité hétéronormée, encore trop souvent marquée par la culture du viol. Érotiser le consentement, c’est aussi promouvoir une vision de la sexualité plus égalitaire et émancipatrice, où le plaisir naît de la complicité et de la reconnaissance mutuelle, peu importe les genres, les pratiques, les identités et les orientations sexuelles.

L’érotisme comme source de puissance partagée

Comme l’écrit Audre Lorde, essayiste américaine, l’érotisme n’est jamais un abandon passif, mais une source de puissance partagée, une création en miroir où chaque regard reflète le désir et sa réponse. Le consentement, loin d’être une contrainte, devient ainsi une mise en scène à laquelle tous-tes les acteur-ices participent.

Dans les jeux de soumission consentis, cette pulsation prend des accents bien plus créatifs et expérimentaux, permettant de lier sans entraver et de guider sans imposer. C’est dans l’accord explicite des peaux et des souffles que naît l’exquise intensité des rôles assumés, des forces feintes et des failles offertes. Loin d’un rapport de pouvoir figé, ces échanges deviennent une œuvre collective éphémère, un art du mouvement, où la soumission réversible devient émancipatrice par le prisme du jeu.

Photo de cottonbro studio sur Pexels.com

La safe zone, édifiée par l’entente des partenaires, n’est pas une borne qui bride les élans, mais un sanctuaire apaisé où l’infini s’esquisse, car en ses frontières invisibles s’évanouit la peur. Elle est la condition d’une intimité réelle, celle qui ne craint pas de s’aventurer dans les recoins de l’imaginaire, car elle sait que chaque cri, chaque souffle, chaque silence, repose sur un socle immuable : la confiance. C’est en elle que réside l’apothéose de la rencontre, car sans elle, toute soumission n’est qu’un simulacre, toute domination un abus. Comme Bell Hooks l’a si puissamment écrit, l’amour véritable – et dans ce contexte, l’amour du jeu, l’amour de l’autre – ne peut advenir que dans un cadre où la sécurité permet le dépassement.

Ainsi, la jouissance mutuelle qui naît dans ces jeux ne se contente pas d’être physique : elle est l’écho d’une entente, l’élan d’un pacte. Les objets, les textures, les gestes, les paroles, deviennent alors des symboles, des langues inventées, qui traduisent l’indicible : ce plaisir qui ne jaillit que lorsqu’il est partagé dans l’absolu respect des désirs et des limites de chacun-e.

Un texte proposé par Corpus


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